La critique
Quatorze ans après Nip/Tuck, Ryan Murphy lance une nouvelle série mettant en scène un grand nombre de personnages trans. Si le portrait d’Ava Moore était désespérément transphobe, le réalisateur et producteur s’est vraisemblablement éduqué sur le sujet. Lui et ses co-créateurs nous livrent ici une série intense, et qui semble respectueuse, que j’ai regardée d’une traite.
Disclaimer : avant de lire cette critique, prenez note que je suis cis et blanche, et donc que je ne suis pas forcément consciente de tous les aspects de cette série qui pourraient heurter une personne trans et/ou noire. En tant qu'alliée qui essaie de s'éduquer au maximum, Pose ne m'a pas semblée problématique, mais je peux évidemment avoir tort et si vous êtes plus concerné·e·s que moi n'hésitez pas à compléter ou à me corriger le cas échéant. ♥
En passant, si vous vous intéressez à la représentation des personnes trans dans le cinéma, je vous conseille le récent documentaire intitulé Disclosure qui en fait un peu l'historique, en résume les problématiques, et surtout qui donne la parole aux concerné·e·s. Il est super et mentionne souvent Pose… et Nip/Tuck.
Le principal atout de cette série tient dans la façon dont elle met en scène une majorité de personnages LGBTQ+ (malheureusement rares dans les médias), qu’elle sublime et travaille en profondeur. Malgré une durée courte pour un casting très large, tous·tes ont la place d’être développés, je suis d'ailleurs assez soufflée par le nombre d'intrigues traitées en seulement huit épisodes d'une heure, bien que certains restent moins bien lotis que d’autres. Edit : d’autant qu’au final Papi, Angel et Elektra ont plus de place dans la saison 2, qui n’était pas sortie quand j’ai publié cette critique. On suit notamment Blanca, femme trans noire évoluant au sein de la ball culture dans les années 80. Maternée par Elektra de la maison Abundance depuis ses débuts aux bals, elle finit par se disputer avec Elektra et décide de fonder sa propre maison, la maison Evangelista, pour prendre à son tour des jeunes queers en quête d’un toit sous son aile.
Si le résumé officiel laisse penser à des histoires indépendantes, les personnages ont certes leurs intrigues respectives mais évoluent tout de même ensemble. Pour la plupart renié·e·s par leurs familles de sang, iels reconstituent ensemble un noyau familial solide où l’amour règne.
Huit épisodes s’enchaînent avec une facilité déconcertante en abordant des thèmes sensibles valables aussi bien dans les années 80 qu’aujourd’hui. On parle évidemment d’identité de genre, on fait face à la transphobie, à la dysphorie, mais aussi au HIV qui devient gravissime à l'époque et prendra encore plus de place dans la saison 2. On pourrait reprocher à Pose de constituer un énième portrait de personnes transgenres aux vies dramatiques et douloureuses, toutefois l’équilibre est assez justement contrebalancé via les (nombreuses) réussites, les joies, et l’amour de personnages forts et attachants. Très loin du larmoyant, c’est un portrait vibrant, coloré, heureux, sublimé par la photographie et les décors. Je ne pense pas avoir déjà vu la transidentité aussi profondément présentée dans une série auparavant.
En conséquence, le scénario peut parfois paraître attendu et les issues prévisibles : sans que cela soit faux, je ne trouve pas que ce soit gênant dans une histoire qui privilégie explicitement l'extravagance. L’irrespect et les ennuis auquel la maison Evangelista fait face au quotidien demande presque un lot équivalent de bonheur pour ses membres, leur permettant de briller. Certains épisodes sont à la fois très dramatiques et très heureux, notamment l'épisode 5, qui m’a vraiment émue. Cette ambiance entre rires et larmes fait sûrement écho à celle dans laquelle évoluent les personnes queers du milieu LGBTQ des années 80. Toutefois, je considère aussi que cet équilibre est suffisamment fort pour supporter davantage de suspens et de plot twists, et espère en voir un peu plus dans la saison suivante.
Impossible de ne pas rester bouche bée devant chaque épisode, lorsqu’on considère les vêtements, les chorégraphies, les couleurs impressionnantes. La réalisation des scènes de pose aux différents bals est magnifique et renforce la prestance de personnages auxquels on s’attache presque immédiatement. Si vous aimez le glam, les paillettes, les défilés, la danse, la musique des années 80… cette série est pour vous !


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