Des, portrait effrayant d'un tueur ordinaire

La critique

Si l’annonce de l’arrêt de Mindhunter vous a fait un choc, pas de panique : Starzplay a récemment présenté Des, une mini-série dont les trois épisodes plongent avec une justesse sans nom dans l’affaire du tueur en série écossais Dennis Nilsen.

Affiche Des

Attention : cette œuvre parle d’un des tueurs en série les plus morbides (en tout cas, je trouve) et cette critique évoque en partie ses crimes. Faites attention à vous ♥

Quel choc. À l’annonce d’une nouvelle fiction consacrée à un tueur en série, on a toujours peur d’une chose en particulier : le respect aux victimes et à leurs familles respectives. Ici, on ne peut qu’être sûr du soin apporté par les scénaristes à cet aspect. Non seulement Des a attendu la mort du tueur – qui, notons-le, était très attiré par la médiatisation et la célébrité – pour exister, mais on donne aussi énormément de place aux familles et au traitement que la justice leur a réservé.

Des

La série revisite donc en trois épisodes l’affaire du « Kindly Killer » dont la découverte de la quinzaine de meurtres, alors même qu’il paraissait un homme très commun, avait terrifié Londres. Le premier épisode commence d’ailleurs par le moment de son arrestation, visitant par la suite sommairement les lieux où le tueur a vécu en compagnie des cadavres qu’il considérait comme ses amants.

Des est donc sans surprise une série très intense, mais aussi très juste, qui ne tombe jamais dans le sensationnel tout en réussissant à donner froid dans le dos. Loin du biopic qui place le meurtrier sur un piédestal, Dennis Nielsen apparaît horrible, glacial, vaniteux. Sous couvert d’étudier la psychologie de Des, comme aurait pu le faire Mindhunter, les conversations n’hésitent pas à le montrer comme il était : avide de notoriété, pervers, finalement plutôt ennuyeux, sans s’attarder sur son mode opératoire ni rejouer ses meurtres. Les descriptions verbales sont suffisantes pour horrifier le spectateur, et le portrait de Nilsen est en outre à l’opposé du monstre sanguinaire quasi surnaturel.

L’enquête et le procès, autour desquels le scénario se concentre, ne font pas la part belle aux enquêteurs, plus soucieux des affaires étrangères que d’apporter des réponses aux familles, ni aux magistrats, qui tentent de plaider la folie. L’accent est au contraire mis sur le manque de reconnaissance volé à certaines familles, leur donnant la parole, même si ce n’est que brièvement. Je ne crois pas avoir jamais vu la problématique du respect aux victimes aussi intégrée à une fiction de ce type, et j’ai été ravie de voir que Des était bien à la hauteur des intentions de l’équipe qui l’a créée. David Tennant lui-même, qui livre comme à son habitude une performance vraiment impressionnante, évoquait le souci de ne pas célébrer l’homme. D’après lui, si l’une des familles de victimes a trouvé que la série glorifiait le meurtrier, les producteurs et scénaristes seraient tout de même allés présenter le projet à chaque famille pour s’assurer de ne pas le faire, et je trouve que ça se ressent énormément dans les trois épisodes. Le retentissement de l’affaire auprès de la communauté gay est aussi traité, certes brièvement, mais j’avoue avoir été surprise qu’une place soit aussi faite à cet aspect souvent ignoré.

Le troisième épisode boucle l’affaire avec tact et avec force, en particulier après que le tueur soit reconnu coupable et que le juge prenne la parole pour le condamner aussi bien juridiquement que verbalement. La série représente finalement un véritable pied de nez au tueur, que l’on n’oublie pas de déposséder aussi de l’histoire qu’il a dictée à son biographe, donnant un sentiment de justice rendue malgré tout.

La série

Des

Affiche Des, 2020
saison 1 (3 épisodes de 47 min), 2020

Origine : Royaume-Uni

Auteur·ice·s : Lewis Arnold, Kelly Jones, Brian Masters, Luke Neal

Réalisateur : Lewis Arnold

Acteurs : David Tennant, Daniel Mays

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