La critique
Quelle idée de lancer ce nouveau blog en s’attaquant au pilier du cinéma américain. C’est pourtant ce que je choisis de faire en vous livrant mes pensées sur Citizen Kane, sans cesse nommé comme le meilleur film de tous les temps par les critiques et les plateformes.
Le film s’attache à dépeindre la vie haute en couleurs de Charles Foster Kane, grand magnat de l’édition, à travers les témoignages de ceux qui l’on connu. Le but est de révéler le mystère derrière le dernier mot qu’il ait prononcé : Rosebud.
Les choix de réalisation sont en effet assez grandioses, surtout pour la période – à l’époque, les scènes étaient découpées en champ/contrechamp basique, s’enchaînant de façon simple, linéaire : ici, l’originalité de la mise en scène est frappante, avec notamment ce système de flashbacks qui mélange sans arrêt la narration, et ces contreplongées écrasantes. De plus, le plus grand soin est apporté à la composition des plans, mettant régulièrement Kane en exergue, traduisant son excès, et rivalisant d’inventivité pour inclure tous les éléments voulus par le réalisateur. Pour ce faire, il use de ce qui deviendra sa marque de fabrique : le deep focus, la profondeur de champ, qui fait la netteté sur plusieurs niveaux de champ. Cela permet alors de filmer une scène complexe en mettant plusieurs éléments en exergue, sans avoir à changer d’angle de caméra. Le procédé est très en avance sur son temps et préfigure le cinéma numérique né dans les années 2000.
J’ai aussi particulièrement apprécié les transitions qui, en plus d’être inventives, sont terriblement esthétiques. Et dans l’esthétisme, on peut également faire note des jeux de lumière et d’ombre qui changent l’espace, des décors soignés et cadrés dans leur intégralité, des effets spéciaux pour vieillir Welles… Une prouesse de réalisation qui est, on le rappelle, la première œuvre cinématographique d’Orson Welles et qui, par la même, n’en devient que plus impressionnante.
Côté scénario, j’ai cependant été moins passionnée. Le focus est mis sur un personnage que je trouve assez détestable : il est violent et égocentrique, il écrase tout dans la composition des plans comme dans la narration, si bien que les autres personnages paraissent sans intérêt, tout comme le mystère de Rosebud qui, j’avoue, ne m’a pas tant que ça intriguée. Sa signification, révélée en une fin tragique, est pourtant très intéressante et je verrai sûrement le film sous un nouveau jour au rewatch.
Beaucoup de choses me déplaisent aussi dans la production, notamment le traitement exécrable d’Orson Welles envers l’actrice Dorothy Comingore au nom du réalisme de sa performance, et la maltraitance animale sur le tournage – malheureusement typique de l’époque.
Tout n’est donc pas à encenser chez Welles, mais on ne peut retirer à Citizen Kane sa qualité de chef d’œuvre d’inventivité et son importance dans l’histoire du cinéma. Manifesto XXI l’évoque comme le film qui a fait passer le cinéma au rang d’art, car jusqu’alors on se préoccupait surtout de raconter sans s’occuper de la façon de raconter. Ici, la passion d’Orson Welles pour le théâtre lui permet d’innover, et de se placer en véritable metteur en scène.
Ont nourri ma réflexion :
- « Pourquoi Citizen Kane est le meilleur film de tous les temps, et personne ne sait pourquoi », Manifesto XXI, 7 juillet 2016
- « [Analyse] Citizen Kane, 80 ans après : penser la mise en scène » par Jérémy Zucchi, Culturellement Vôtre, 28 décembre 2021
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