La Zone d'intérêt, tableau glaçant de l'indifférence

La critique

Retour très attendu au cinéma en 2024 pour moi, avec une avant-première qui m’a complètement glacé le sang ; un film historique bouleversant construit avec le concours du Musée national Auschwitz-Birkenau : La Zone d’intérêt.

Le film met en scène la famille Höss, autour du patriarche Rudolph Höss, responsable du camp d’Auschwitz, et qui vit dans la maison attenante au camp. On suit leur vie paisible et riche à proximité des horreurs suggérées intelligemment par la mise en scène, les spectateurs deviennent témoins de l’indifférence de cette famille prête à tout pour garder sa maison.

La Zone d'intérêt

C’est le travail du son qui m’a le plus impressionnée, avec une entrée dans le film qui donne le ton : deux bonnes minutes de sons glaçants sans image, qui permettent d’entrer dans l’état d’esprit voulu par le réalisateur. On imagine la symbolique de l’on souhaite mais, ce qui est sûr, c’est qu’on a le temps de réfléchir à ce qu’on entend et d’imaginer ce qui accompagne le son. Les sons sont centraux dans le film, on les entend en permanence tandis que la famille poursuit son quotidien dans l’indifférence la plus totale : cris et coups de feu retentissent en fond, laissant deviner l’horreur sans la montrer, et j’ai trouvé cela très fort. Bien sûr, ils sont d’autant plus mis en valeur que les personnages ne les entendent pas, les ignorent, ou les camouflent.

Sur le générique de fin du film, le procédé du début se répète. Les noms défilent tandis que retentit une musique angoissante où les voix se muent progressivement en cris de plus en plus nombreux. J’ai trouvé ça particulièrement accablant et difficile à supporter. Autour de moi, dans la salle, les gens se levaient déjà ou commençaient à débriefer le film, pendant que j’étais encore tétanisée par ces chants déchirants qui semblaient être sans fin. Je me suis demandé comment ils faisaient.

Comme avec beaucoup de films sur l’Holocauste, la volonté du réalisateur est clairement de ramener le sujet des fascismes modernes, dans un devoir de mémoire qui est directement explicité au sein du montage : apparaît soudain au sein de l’année 43 des plans de l’actuel Musée national Auschwitz-Birkenau, où sont exposés machines et reliques du camp, comme un rappel. Par ailleurs, la modernité du sujet est évoquée directement dans la réalisation, par des techniques modernes telles que les caméras thermiques sur les scènes de nuit, dans le décor, et les costumes, où les techniciens ont délibérément voulu adopter un look moderne, en opposition au vintage habituel des films sur la Seconde Guerre mondiale.

Le tout produit une œuvre au rythme lent mais terrifiant, où le nazisme est montré dans son quotidien. L’esthétisme particulier reste en tête, Jonathan Glazer choisit de suggérer plutôt que de montrer clairement, et ça fonctionne terriblement bien.

Le film

The Zone of Interest

Affiche The Zone of Interest, 2023
2023, 1 h 45

Origine : Pologne, Royaume-Uni, USA

Auteur : Jonathan Glazer

Réalisateur : Jonathan Glazer

Acteur·ice·s : Christian Friedel, Sandra Hüller

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holocauste nazisme racisme vomi
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